Ce projet se déroule dans la province de l’Alberta, au Canada, principalement autour des deux villes d’Edmonton et Calgary. L’Alberta pourrait se comparer au Texas canadien, une province conservatrice productrice de pétrole (le Canada en est le 3e réserve mondiale), constituée principalement de grandes plaines et de rolling hills. La très grande partie des opérations pétrolières de l’Alberta se situe dans l’extrême nord de la province autour des gisements de sables bitumineux, un pétrole que l’on trouve mélangé à des sables et qu’il faut donc « nettoyer », rendant son exploitation très polluante.
Par ce projet, l’idée consiste à suivre des pistes de réflexion que j’ai développé dans des travaux précédents autour de notre rapport à la nature, de la séparation entre nature et culture et de l’exploitation du paysage qui en découle. Ici, le paysage canadien et le rapport qui y est entretenu apparaît comme un cas extrême dans l’ambivalence entre protection de la nature et son exploitation. Petit à petit, l’idée de travailler autour des deux villes d’Edmonton et Calgary a émergé car elles représentent un système de rapport au monde capitaliste et d’exploitation qui entre en contradiction totale avec l’histoire du territoire qu’est aujourd’hui le Canada et les cosmologies autochtones qui l’habitent. De plus, se pencher sur la ville dans le cadre du paysage canadien m’intéresse car cela va à contre-courant de l’image qu’on se fait du Canada comme réserve naturelle intouchée et intouchable ; questionner ces représentations me semble pertinent toujours dans une mise en perspective du paradigme occidental.
Le Canada est un état colonial fondé sur l’exploitation des ressources (commerce des fourrures, exploitations minières, bois, pétrole, gaz, uranium, etc.) qui, en parallèle, a servi à justifier la présence des colons et sert encore aujourd’hui à consolider les bases d’une fierté culturelle constitutive de l’identité canadienne. La présence et la puissance des représentations liées au pétrole dans le culture albertaine est frappante et c’est en partie ce qui constitue le cœur de ce projet. L’idée est de remonter ces différents fils (le pétrole, le settler colonialism, le rapport à l’histoire) pour voir comment tout cela a formé le Canada aujourd’hui et tenter d’y lire en transparence ce que cela dit de notre rapport au monde et à la nature.














